Devenir du visible

 

Je construis des images où les formes indéterminées deviennent progressivement lisibles, sans jamais se stabiliser.
La peinture y agit comme un processus de formation du regard, entre tension, circulation et apparition.

La peinture se construit à partir de formes issues de superpositions et d’interactions, intégrant une part de hasard. Les motifs ne se séparent pas, mais s’entrelacent et fusionnent pour former une structure dynamique, traversée par des tensions, des torsions et des circulations internes.

Cette organisation repose sur une mise en relation précise des éléments perceptifs. Les contours, progressivement affirmés, ne visent pas à fixer une image stable, mais à rendre lisible un processus de formation.

Le motif demeure volontairement indéterminé : il échappe à une identification immédiate. Peu à peu, une spatialité émerge — profondeurs, mouvements, flux évoquant parfois un paysage ou une dynamique liquide.

Ce qui apparaît n’est pas une forme achevée, mais un état en transformation continue, où perception et imagination se croisent. L’image devient ainsi le lieu d’une expérience : celle d’un regard en train de se former.

Le travail de la matière joue un rôle essentiel dans cette recherche. La présence granuleuse des pigments est volontairement maintenue, tandis que les propriétés des matériaux sont exploitées à leur limite.

Des effets de variation, de diffusion, de bords instables et de transformations imprévisibles apparaissent à la surface. Ces zones, situées à la frontière entre contrôle et perte de maîtrise, permettent de saisir des états en cours de formation, en résonance avec ce processus d’apparition.